N’avoir qu’un seul enfant : entre désir et réalité
Publié le 20/01/2026 à 17h54 et mis à jour le 20/01/2026 à 17h56
On me demande souvent pourquoi je n’ai qu’un seul enfant.
La réponse n’est ni simple, ni évidente, et encore moins idéologique. Elle est le fruit de mon histoire d’une grossesse rêvée… et d’un post-accouchement qui a profondément marqué mon corps et mon esprit.
1, 2 ou 3
Bien que nous ayons été trois enfants à la maison, je n’ai jamais rêvé d’avoir une grande famille.
L’ambiance était plutôt cool, même si, pendant quelques années, mon grand frère me détestait à un point tel qu’il m’a cassée un bras un soir alors que nous regardions la télé. Une seule télévision à tube cathodique pour tout le monde, et un simple désaccord sur le programme…
C’est arrivé malencontreusement, mais avoir un bras dans le plâtre quand on est enfant, ce n’est jamais très funky.
Comme j’étais coincée entre deux garçons, j’avais plutôt tendance à m’isoler pour jouer des heures avec mes poupées Barbie. On me foutait la paix, et ça m’allait très bien ainsi.
Plus tard, je me suis dit que deux enfants pourraient être chouettes. Un garçon et une fille dans l’idéal (ce fameux choix du roi, bien sûr) mais pas plus.
Une grossesse idyllique
Je suis tombée enceinte à 35 ans, très facilement. Deux cycles seulement après l’arrêt de ma pilule que je prenais depuis… mes 18 ans !
La vie fait que nous ne sommes pas tous égaux sur ce plan-là, et moi, j’ai eu énormément de chance. Je pense fort à celles qui traversent des parcours compliqués. N’oubliez jamais : les miracles existent.
Si je n’ai pas fait d’enfants avant, c’est surtout parce que je n’avais pas rencontré la bonne personne. Enfin… peut-être que si, mais la vie choisit parfois pour nous. Et puis, honnêtement, la maturité n’était pas là avant.
Je suis sagittaire, et les sagittaires adorent leur liberté !
Huit mois plus tard, après une grossesse parfaite et seulement huit kilos de plus, j’accouchais de mon petit garçon. J’ai toujours été hyperactive et j’ai continué à faire pas mal de sport pendant la grossesse : yoga, marche, natation. J’étais vraiment en pleine forme !
J’avoue que j’avais très peur, d’autant plus que je n’avais pas eu le temps de faire les cours de préparation à l’accouchement. Mais Oscar, déjà très curieux, avait visiblement envie de découvrir le monde.
J’ai fait tout le travail à la maison dès 6 heures du matin. C’est bête, mais je me demandais même si j’étais vraiment en train d’accoucher : les contractions étaient bien là, mais pas aussi catastrophiques que ce qu’on m’avait raconté. J’ai un seuil de tolérance à la douleur assez élevé (détail important pour la suite de l’histoire).
Et puis, je n’aime pas déranger. Même pour une fausse alerte, je n’avais pas envie d’aller à la maternité.
Spoiler : ce n’était pas une fausse alerte.
Arrivée à 10h30, j’étais déjà dilatée à 7. Autant dire qu’on était à deux doigts de me refuser la péridurale (sans vouloir faire de jeux de mots mais si j’en fais quand même). Mon seuil de tolérance est élevé, mais quand même…
J’ai accouché à 14h27, après trois ou quatre poussées, comme une fleur.
Il faisait beau, le soleil entrait dans la pièce, on avait mis une playlist rock, et le papa d’Oscar était incroyablement présent. Il m’a soutenue, coachée, portée.
Best day ever.
Un post-accouchement qui l’a été un peu moins…
Celles qui ont accouché le savent : ce n’est pas exactement de tout repos. On parle quand même d’un camion qui nous roule dessus… OMG. J’étais évidemment épuisée.
Mais pas seulement.
J’avais le teint jaune et une douleur atroce au niveau de l’utérus. À tel point que je me suis évanouie dans la salle de bain de ma chambre de maternité. Une première pour moi.
On m’a dit :
« Ce sont les tranchées, madame. »
Les tranchées ? Moi, je ne connaissais que celles des livres d’histoire.
J’ai donc accepté ce diagnostic, ainsi que la piqûre de morphine qu’on m’a proposée pour me soulager. Une sage-femme m’a même trouvée « très chochotte ». Elle est revenue quelques jours plus tard pour s’excuser…
Quand le diagnostic est tombé
Parce que non, ce n’étaient pas de simples tranchées.
Je faisais une hémorragie interne que personne n’avait détectée, malgré les prises de sang et les contrôles.
Ça s’appelle un « thrombus vaginal » : un vaisseau sanguin qui peut se rompre après un accouchement. Le sang ne s’écoule pas vers l’extérieur, il reste emprisonné dans les tissus, forme une poche et coagule.
Après le séjour de trois jours « classique » à la maternité, on m’a renvoyée chez moi, avec mon bébé… et une hémorragie qui continuait.
Je me tordais de douleur, je voyais des étoiles sans être sous substances illicites. Malgré tout, je luttais pour m’occuper d’Oscar. Je le faisais, coûte que coûte. Toujours cette histoire de résilience. Je voulais tellement cet enfant que je ne cherchais même pas à comprendre ce qui se passait dans mon corps : je voulais juste être là pour lui.
Avec cette douleur permanente et ce ventre gonflé comme si j’étais sur le point d’accoucher à nouveau (peut-être qu’il restait un bébé à l’intérieur que personne n’avait remarqué…), je suis allée chez mon médecin. Elle est devenue blême en me voyant. Elle a immédiatement appelé l’hôpital en leur disant que j’arrivais en urgence absolue.
Je me suis retrouvée à nouveau à la maternité, entourée d’une quinzaine de personnes. L’anesthésiste n’arrivait plus à trouver mes veines pour poser un cathéter. J’étais littéralement en train de basculer dans cet autre monde dont on ne sait pas grand-chose, pour ceux qui y croient. Et franchement, je me trouvais encore un peu jeune pour y aller.
Mon taux d’hémoglobine était tombé à 5 g/dL. J’étais en urgence vitale.
Si je n’avais pas réagi, je pense sincèrement que le lendemain, on préparait mes funérailles. Ce qui aurait été vraiment dommage : je n’avais même pas encore choisi la playlist à diffuser le jour de mon enterrement n’était pas prête (elle ne l’est toujours pas d’ailleurs).
Un début de vie de maman compliqué
Blague à part, après de nombreux examens, j’ai été hospitalisée pendant une semaine…dans le service des salles d’accouchement.
Une situation pour le moins étrange : j’entendais, jour et nuit, les futures mamans hurler pendant le travail. Ce choix avait été fait avec mon accord, pour éviter les soins intensifs, où j’avais pourtant toute ma place, mais où il m’aurait été impossible de voir Oscar. « La question était vite répondue » : je voulais voir mon fils, même un peu, chaque jour.
Son papa venait quotidiennement avec lui, et s’écroulait de fatigue dans le lit d’à côté.
Autant dire que notre début de vie de parents a été très « rock’n’roll ».
Même si nous ne sommes plus ensemble aujourd’hui, je peux le dire sans hésiter : Oscar a un super papa.
Une pente longue et difficile à remonter
Avec un hématome de 11 cm dans l’utérus, j’ai été alitée pendant une semaine. J’avais l’impression que je ne saurais jamais remarcher. Cette sensation est difficile à décrire… Comme si tout était à réapprendre. J’avais le sentiment de repartir de zéro. C’était complètement fou !
L’hôpital a refusé de me faire une transfusion sanguine. À part des perfusions, je n’ai donc rien eu d’autre. Je passerai rapidement sur l’épisode où l’on a soupçonné une insuffisance rénale à la suite d’un échange de résultats de prises de sang.
Dallas, ma vie ?
Pas vraiment. Je n’aime pas m’ennuyer, mais quand même…
En conclusion (parce que c’est déjà très long n’est-ce pas) si je faisais un deuxième bébé, j’allais être alitée toute la grossesse, par précaution, à cause de cet hématome.
La question a donc été aussi vite répondue : je n’aurai qu’un seul enfant.
J’admire les grandes familles. J’ai eu une belle enfance. Mais j’ai choisi que cela ne serait pas pour moi.
Pour ma santé, et aussi pour le traumatisme, certes « léger », mais bien réel, que m’a laissé ce post-accouchement (et je vous rassure : j’ai fait une psychothérapie à la suite de cet événement).
En fin de compte, c’est surtout la séparation avec mon bébé qui a été très difficile à vivre. Je me souviens d’un jour où je n’ai pas pu voir Oscar a cause du mauvais temps : je pleurais tout en mangeant ma purée qui manquait terriblement de saveur (les plats de l’hôpital quoi). Double peine !
La prise de parole est essentielle
À l’époque, ce post-accouchement a fait beaucoup de bruit dans cet hôpital. J’ai trouvé profondément injuste (oui l’injustice, ma plus grande blessure) que mes douleurs n’aient pas été prises au sérieux. Je n’inventais rien.
Quand je suis sortie de tout ça, je suis retournée remercier les sages-femmes qui se sont occupées de moi pendant ces sept jours. En particulier l’une d’entre elles, Dominique. Si les anges existent sur terre, elle en fait incontestablement partie.
J’ai aussi pris la parole auprès de la responsable de la maternité. Et j’ai bien fait : quelques mois plus tard, deux autres mamans ont vécu la même chose. Cette fois, le problème a été identifié immédiatement.
Alors aux futures mamans : ce témoignage n’est pas là pour faire peur. Il est là pour rappeler une chose essentielle. Écoutez-vous. Écoutez cette petite voix intérieure qui sait quand quelque chose ne va pas. Et surtout, faites-vous entendre si vous sentez que ce n’est pas normal.
Aujourd’hui, tout cela est bien loin et je n’en garde que le meilleur, et surtout : j’ai un enfant magnifique âgé de 10 ans aujourd’hui.
Bref, après cette histoire digne d’un épisode de « Grey’s Anatomy », je peux dire qu’un seul enfant, c’est parfait. Mon fils est là, en pleine forme, et moi aussi.
Et ma playlist de funérailles peut encore attendre.